La naissance des vrais pinceaux

illustration de Molly

Il était une fois, dans la forêt, une famille de blaireaux qui élevaient quatre petits et logeaient dans un terrier très compliqué. Ils avaient creusé pendant des jours et des nuits afin de concevoir cet endroit formidable. Ils en étaient tous très fiers… Il y avait même des peintres qui installaient leur chevalet et dessinaient pendant des heures l’entrée de cette merveilleuse tanière. À proximité se trouvaient des feuillages et des fleurs. Il y avait un tel bonheur dans cette campagne ! Les animaux partageaient tous une envie de respirer à plein poumon et lorsqu’ils se rencontraient, ils se saluaient avec grand plaisir. Ils étaient très heureux jusqu’au jour où…

Un enfant des blaireaux qui portait fièrement son pelage noir et blanc et qui s’appelait Nadar croisa un lapin aux oreilles tristes et à la mine tracassée. Ce petit s’approcha de son nouvel ami qui lui dit :
– Hep ! Regarde comme c’est beau devant chez nous, les peintres aiment venir…Tu peux en profiter !
– Nous aussi, il paraît que nos terriers ont de l’allure…
Mais Fanfan ne put finir sa phrase, car il se mit à sangloter… Encouragé, il réussit tout de même à prononcer :
– j’ai trop peur, c’est si triste, je reviendrai cette nuit.
Le petit blaireau attendit, au clair de lune, son nouvel ami. Il avait un peu froid quand enfin, il entendit des petits pas car petit Fanfan s’approchait de lui et lui chuchota :

– Je suis venu t’annoncer une mauvaise nouvelle de la part de beaucoup de monde…
– Comment ça ? Beaucoup de monde ? Une très mauvaise nouvelle ?
– Tu connais Lulu, la laie qui a eu trois marcassins ? dit le petit lapin.
– Oui, elle nous rend visite de temps en temps. Elle m’a promis qu’elle viendrait demain matin.
– Elle aussi, elle dit que ça ne peut plus durer…

Jim, le hérisson passait par là et sans qu’on lui demande rien, se mêla de la conversation :

– C’est même un scandale ! Regardez…
Il tenait dans ses piquants un vieux pinceau et proposa de l’examiner.
– C’est un pinceau du peintre, on va lui rendre ! dit Nadar
– Regarde donc si par hasard ce ne serait pas du poil de blaireau, ou de sanglier ?

Nadar recula de trois pas et se tourna vers Fanfan qui gémissait :

– C’est ça ! Moi ça me rend malade dit le petit lapin en secouant ses oreilles toutes molles et toutes tristes.
– On ne va pas se décourager pour ça ? soupira Nadar
– Alors, si tu ne te décourages pas pour ça, qu’est-ce qui te décourage ! je voudrais bien le savoir… affirma le hérisson.
– Ce qui me décourage c’est de vous voir dans cette tristesse…
– Moi je ne veux pas croiser une bande d’ahuris avec des pinceaux en poils d’animaux, alors je crois que je vais rentrer chez moi et ne plus jamais me promener de toute ma vie… murmura le petit lapin.
– Il ne faut pas pleurer, dit Jim le hérisson, Il faut piquer !
– Que veux-tu qu’on pique ?
– Une pancarte pour dire ce qu’on pense déjà !
– Ah je sais dit le petit blaireau, on va écrire : « Si vous venez tout abîmer, si vos pinceaux sont en poils d’animaux, n’allez pas plus loin, vous faîtes peur à mon ami lapin ! »

Les jours suivants, les promeneurs et parmi eux quelques peintres regardaient la pancarte que les animaux avaient écrite… et continuaient à marcher tranquillement. Rien ne semblait différent et surtout Fanfan, le petit lapin, aux oreilles tristes n’était pas revenu. Cependant, un beau matin, par un pigeon, il fit porter une lettre à ses amis, expliquant qu’il avait essayé d’entrer dans la forêt, mais qu’il avait remarqué que les fleurs avaient été piétinées par des bottes d’ahuris et qu’il avait eu très peur. Il pensait que les humains qui saccagent les plantes sauvages pourraient bien aussi porter de la fourrure. Il finissait son message en disant : Je ne suis qu’un tout petit lapin, mais je refuse d’être tué pour qu’on fabrique des trucs sur mon dos !
– C’est bien dit ! s’exclama Nadar.
– Oui, mais, c’est toujours pareil, ça ne pique pas assez ! affirma le hérisson qui prit un air très affairé et …disparut…

Il revint en faisant rouler devant lui une brouette et demanda à blaireau de le suivre. Ils prirent un grand chemin sur lequel, ils trouvèrent un tas de détritus.

– Beurk ! dit le petit blaireau.
– Tu peux le dire ! Beurk, beurk, beurk ! bon qu’est-ce qu’on fait ? Tu vois quelque chose qui peut nous intéresser ?
– Des vieux sacs en plastique, des vieilles barquettes… oh… même du caca !
– Ah oui beurk ! Mon idée c’était de faire un épouvantail avec toutes les choses dégoûtantes que les humains laissent dans la forêt pour… justement les épouvanter…
– C’est une bonne idée, mais moi je n’ai pas envie de m’approcher de ce tas immonde plein de leur vieux caca…
– Oui ! dit le hérisson, mais comment les piquer ? Comment leur faire comprendre qu’ils sont écœurants ? Alors que…
– Tiens, Hase Aimée qui passe au loin, tu la vois ?

Le blaireau regarda dans la direction que lui indiquait son ami et vit la belle hase que tout le monde adorait qui venait vers eux, avec de magnifiques lunettes de soleil.
– Bonjour ! C’est agréable de vous rencontrer ! Qu’est-ce que vous faites tous les deux avec cette brouette, dit la belle.
– On cherche une idée ! dit Nadar.
– Mais piquante ! une idée piquante ajouta le hérisson toujours aussi en colère.
– Pour quoi faire ?
– Pour décourager les humains de faire des objets avec nos corps !

Hase Aimée réfléchit et après un long moment déclara :

– Vous aimez les pancartes, je crois ?
– Oui, on aime beaucoup faire des pancartes dirent ensemble le blaireau et son ami le hérisson
– Alors… au travail !

Tous les trois s’affairèrent avec beaucoup de bruit. Lulu, la laie vint avec ses petits et tous ils donnèrent un coup de main. Vers midi, Hase Aimée admirait l’ouvrage fini et affirmait qu’avec une telle pancarte, Fanfan le petit lapin n’aurait bientôt plus peur de se promener dans les bois…. Les marcassins écoutaient avec courage et indignation le destin qui attend les animaux quand ils croisent, par malchance, des ahuris. Leur Maman dut parler de leurs soies et de brosses… Ce n’était pas facile !

– On dit ahuris pour ceux qui nous exploitent, mais on pourrait dire abrutis ! dit le hérisson qui aimait bien trouver les synonymes qui piquent…

Quelques heures plus tard, à l’orée de la forêt, lorsque l’ouvrage des animaux fut terminé, voici ce que les promeneurs humains pouvaient lire sur un panneau de bois bien décoré :

Ici prochainement ouverture :
D’une première boutique d’objets fabriqués à partir de l’ivoire des dents, des touffes de cheveux, etc.. Cent pour cent humains !
D’une autre deuxième boutique d’objets, fabriqués sans restes humains et sans restes d’animaux, avec une grande promotion sur les pinceaux pour commencer !

On dit que tous les humains se sont enfuis à la lecture du début de cette pancarte, mais qu’heureusement quelques courageux l’ont lue jusqu’à la fin…

Cette histoire piquante peut paraître étrange, pourtant c’est exactement comme ça que les animaux de la forêt donnèrent naissance à de vrais pinceaux, sans poil de nez, sans poil de barbe et sans poil de blaireau ni de soies sanglier… Ouf ! Mais, il reste quand même la forêt à nettoyer et ça c’est une autre histoire…

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