L’empreinte de Noël

Illustration: Molly

 

 
Il était une fois un garçon qui s’appelait Patrick et qui, comme il avait été sage, s’était vu récompensé. Il avait eu le droit de faire un tour, dans un avion, piloté par son père. Pendant cette promenade dans le ciel, il regardait la terre et distinguait tout en bas les prairies, les rivières, les forêts et les toits des maisons qui paraissaient toutes petites. Mais soudain il poussa un cri en voyant deux magnifiques empreintes brillantes de sabots. Ces traces étaient gigantesques au beau milieu d’un champ et étincelaient de mille feux. Cela devait appartenir à un animal d’une taille hors du commun… le père de Patrick, lui, n’avait rien vu. Il expliqua à son fils que ce qu’il croyait avoir vu, il fallait mieux l’oublier, car c’était probablement une de ces illusions produites par les ombres des nuages, rien de plus..

Patrick était têtu !

Le lendemain, après le goûter il partit en vélo. Il dit à ses parents qu’il avait envie de se promener, mais surtout il voulait retrouver la mystérieuse empreinte. Alors qu’il roulait dans un tout petit chemin, il s’arrêta net pour laisser passer un cochon d’Inde qu’il n’avait d’abord pas reconnu, car celui-ci portait autour de son cou une petite écharpe en feuille de chêne qui lui dissimulait une partie de la tête. C’est l’animal qui vint vers lui et lui demanda :

– Vous savez où cela se passe ?
– De quoi parlez-vous cochon d’Inde ?
– Du grand départ, je viens d’une famille où depuis presque un an, je vis dans les courants d’air. J’ai pu me sauver, j’en avais assez de cette vie de jouet, je me suis évadé.
– Qu’est-ce que tu racontes cochon d’Inde ? C’est quoi une vie de jouet ?
– Le père Noël m’a offert à une petite fille l’année dernière qui ne m’a aimé que trois jours et ensuite ses parents ont mis ma cage là où elle ne les dérangeait pas. Pour moi c’était un véritable cachot. Alors, ouf je suis là pour repartir.
– Repartir ?
– Oui cette année, pendant que le père Noël prépare sa tournée de cadeaux, les rênes passent pour chercher tous les animaux qui ont été comme moi, confondus avec un jouet. Il y aura un énorme traîneau et nous pourrons fuir tous ensemble et vivre une vraie vie de bêtes.
– Je voudrais bien voir ça, car j’ai du mal à te croire. Tous les enfants aiment les animaux.
– Eh bien, cache toi là et regarde bien… la nuit ne va pas tarder à tomber, cela devrait se produire… Enfin je l’espère !

Patrick se cacha dans un fourré et attendit longtemps. Il crut même qu’il allait rentrer chez lui, car il faisait froid, attendre …c’était vraiment très long et puis il se demandait si le cochon d’Inde n’exagérait pas un peu. Mais alors qu’il venait juste de frotter encore une fois ses mains pour se réchauffer, une formidable lueur descendit du ciel.

À quelques mètres de lui, deux énormes rennes blancs et brillants venaient de se poser avec derrière eux un immense traîneau couleur de diamant.. Il vit alors se rassembler toute une foule de petits animaux dont beaucoup étaient estropiés, maigres ou très enrhumés. Ils s’aidaient et chacun leur tour prenait place. Les plus vaillants distribuaient des couvertures et des écharpes aux plus faibles. Tout à coup une belette qui boitait prit la parole, et Patrick n’en crut pas ses oreilles :

– Mes amis, dit la belette, restez confiants ! le père Noël dont certains je le sais ont un peu peur, est très brave, il vous a compris ! Il a juré que plus aucun animal ne serait distribué cette année. Vous entendez, plus d’animal comme jouet pour Noël !

Il y eut de longues minutes d’applaudissements. Patrick qui venait de comprendre ce que représentaient ses empreintes qu’il avait vues sur la terre lorsqu’il était en avion, se promit de ne jamais rien dire et retourna dans sa maison.

Le 25 décembre arriva. Quelle joie ! Au petit matin lorsque toute sa famille s’émerveillait des cadeaux reçus autour du sapin. Patrick remarqua la tristesse du cadet de ses frères.

– Pourquoi tu pleures Nino ? C’est Noël !
– Le père Noël m’a oublié, ou alors il s’est trompé avec un autre enfant. Il ne m’a pas apporté ce que je lui avais demandé ! J’ai trop de peine… et puis ce n’est pas juste !
– Qu’est-ce que tu lui avais demandé Nino ?
– Un cochon d’Inde
– Et qu’est-ce qu’il t’a apporté ?
– Un livre sur les cochons d’Inde
– Mais c’est beaucoup mieux Nino !
– Non, ce n’est pas ça que je voulais..

– Mais si, nous allons lire le livre ensemble et comme ça nous serons prêts..

Quelques jours plus tard, après avoir lu plusieurs fois le beau livre, les frères se mirent à travailler joyeusement. Il fallait organiser tout ce qui conviendrait aux besoins des cochons d’Inde. De la place pour bouger, pour courir, pour s’amuser. De la vaisselle pour conserver une nourriture propre, variée et que l’eau reste fraîche. Il fallut construire des parcours avec des cloisons étanches pour ne pas sentir le moindre des courants d’air, et des petites maisons avec des toits pour le plaisir de se cacher, pour se sentir en sécurité. Après toute cette installation, le père des deux garçons les emmena dans un refuge pour animaux abandonnés. Tous les trois prirent alors beaucoup de temps pour choisir parmi la petite colonie, les animaux qui seraient bienheureux ensemble.

Les jours suivants se passèrent merveilleusement pour toute cette famille et pour ses animaux.
Parmi les cochons d’Inde, Patrick avait son petit préféré. C’était un animal joufflu toujours prêt à aller vers les autres. À son menton une touffe blanche lui donnait un petit air de grand-père et dans le regard une lueur de malice brillait intensément. Ce reflet ressemblait à cette empreinte que le garçon avait vue pendant le voyage avec son père. Mais de tout cela Patrick ne dit jamais rien !

Et de Noël en Noël, ils vécurent tous heureux !

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