La naissance des bouches de métro

Illustration Molly

 

Il était une fois un balayeur et une petite souris qui s’aimaient beaucoup. Le jour, Igor nettoyait les trottoirs de Paris et Rébecca l’aidait de son mieux. La nuit… elle préparait les cadeaux des enfants qui venaient de perdre une dent et son ami lui apportait tout ce dont elle avait besoin. Ils dormaient peu. Rébecca se reposait quelques heures dans la poche de chemise d’Igor qui lui s’appuyait sur son vieux balai. Ils étaient heureux.


Un jour, la souris estima qu’il y avait trop de monde sur les trottoirs et elle eut l’idée de demander à Dendor, une cousine taupe-ingénieure, d’imaginer quelque chose qui permettrait aux gens de circuler pour se rendre vite d’un bout à l’autre de la ville, sans encombrer toutes les rues et tous les trottoirs. Elle avait de plus en plus d’idée de surprise. Elle voulait faire de jolis cadeaux et avait donc besoin de beaucoup de place pour faire de très beaux paquets. Cette cousine prit la commande très au sérieux et quelques mois plus tard, les humains inauguraient le métro sans savoir combien ils étaient redevables aux souris et à bien d’autres animaux. Mais avec les humains, c’est souvent comme ça, il pense que le monde leur appartient alors qu’ils ne font que le partager. Les humains pensaient donc qu’ils avaient inventé le métro, seulement voilà, comme souvent avec eux, il y avait des critiques… ils pouvaient traverser toute la ville d’un bout à l’autre. Mais justement c’était long d’un bout à l’autre… Ils manquaient souvent d’air et pour un besoin de promenade urgent, ils devaient attendre. La taupe qui vit tout le temps sous terre ne s’était pas du tout préoccupée de ça… elle disait même qu’elle ne voyait vraiment pas ce qu’on pouvait reprocher à ses plans suburbains ! Pourtant c’était une taupe de science, normalement, elle pouvait supporter un choc scientifique, mais rien à faire, elle ne voulait plus du tout réfléchir et décida même de repartir, car on l’attendait pour faire des galeries dans un golf à la campagne…

Ce problème se compliquait, surtout quand il faisait beau. Les gens ne voulaient plus prendre le métro d’un bout à l’autre et s’ils recommençaient à marcher tous sur les trottoirs et les rues, Igor et Rebecca ne seraient jamais tranquilles ! Leur travail de fabrication et de livraison prendrait du retard. Les enfants risquaient d’attendre très longtemps avant de découvrir ce que la petite souris leur avait apporté…

Tout à coup, Igor se souvint qu’il avait un carnet d’adresses. Il l’avait enlevé de sa poche pour que Rébecca soit à l’aise. Où était-il ? Ils le cherchèrent partout, en vain. Heureusement, il se souvenait par cœur d’un numéro, c’était celui d’un cousin lièvre qui tenait un gîte. Il lui téléphona. Benjamin, c’était son nom, expliqua qu’il ne savait rien, car lui ne fréquentait jamais les terriers. Il lui conseilla de demander aux lapins. Rebecca en connaissait un très gentil qui était dentiste et avec Igor, ils allèrent ensemble lui rendre visite. Son cabinet donnait sur un joli jardin dans lequel poussaient beaucoup de carottes.

— Du temps on n’en manque tous ! les humains se plaignent toujours, mais moi avec ma clientèle j’ai beaucoup de travail et je ne dis rien. Je soigne les petites dents de tout le monde et j’ai à peine le temps de ronger les miennes. Voyons comment je pourrais vous aider ? En somme, il faudrait des bouches de métro qui aboutiraient à des galeries qui rejoindraient les autres…

— Des bouches ? dirent en chœur Rébecca et Igor

— Eh bien oui ! parce que c’est comme pour mon travail. Moi, s’il n’y a pas bouche je ne peux pas soigner. Il faudra aussi que chaque bouche soit bien signalée, et puis il faudrait mettre des plans à côté. Et encore, j’ai une idée ! Je sais que les blaireaux ont prévu de venir se plaindre des chasseurs qui les déterrent. C’est à eux qu’il faut demander ça !

— Ah s’écrie Igor, mais oui ! Les blaireaux sont très gentils ! Demandons-leur ! Après leurs manifestations, quand ils auront repoussé les braconniers et les chasseurs, ce sera vite creusé et ils pourront laisser des pancartes là où ils auront donné le jour aux bouches de métro…

Et voilà comment sont nés, dans Paris, les bouches de métro qui permettent aux humains de circuler et de sortir facilement dans toute la ville sans empêcher tous les balayeurs comme Igor et toutes les petites souris, comme Rebecca de faire leur travail ensemble tranquillement. Quant au carnet d’adresses ? Les humains ont dû le trouver, et comme ils n’ont aucune imagination, ils ont donné à toutes les bouches de métro les noms des amis d’Igor. On ne pourra pas tous les donner, mais sachez qu’il y a :

A, comme Anatole France qui a écrit « tant que vous n’avez pas aimé un animal, une partie de votre âme sera toujours sans éclat, endormie ».

B, comme Buttes Chaumont, ce grand parc avec des rochers et des falaises où tout le monde aime se balader.

C, comme Cadet Jacques et Jean. Ces deux-là sont des maîtres-jardiniers qui se servaient des ordures de la voirie comme engrais pour fertiliser le sol où poussaient des légumes. Car, avant à Paris, il y avait des champs et des jardins !

Et plein d’autres encore…

Maintenant, grâce aux bouches de métro, il y a un peu de monde à se promener dans Paris, mais jamais trop. Rebecca et Igor peuvent fabriquer leurs cadeaux et les apporter. Tous les enfants peuvent être tranquilles. Lorsqu’ils perdent une dent, il suffit de la mettre sous l’oreiller, puis de bien dormir, de bien rêver. Oui c’est vrai ! la petite souris va passer !

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Un commentaire

  1. Bonjour Madame, je viens de lire votre première nouvelle, celle d’Igor et de Rébecca et je suis vraiment conquise par votre belle imagination et la fluidité de votre écriture.
    Je suis ravie d’avoir pris le temps de la lire et de trouver un climat de calme et de beauté. Merci à vous ! Je vais de ce pas continuer à lire vos autres nouvelles, pour me rplonger dans cette même paisible ambiance de lecture.
    Continuez à nous faire rêver !
    Cordialement,
    Claude (au feminin et surnommée coco)

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