La naissance de la pince à linge

Peinture de Molly

Autrefois, il existait des centaures. Ils avaient deux bras comme les humains et quatre pattes comme les chevaux. Ils couraient très vite.

Ils étaient aussi très adroits, car au bout de chaque bras, ils avaient deux doigts, exactement comme des pinces. Tous les hommes, et toutes les femmes trouvaient ces êtres magnifiques. Pourtant, ils ne les avaient toujours vus que de très loin. Personne n’avait réussi à les approcher ! Mais tous étaient enchantés quand ils jouaient de la musique en pinçant les cordes, les lianes et tout ce qui peut traîner…et tous voulaient tellement les connaître, mais lorsqu’ils les appelaient, lorsqu’ils criaient :

– Eh là-bas ! bonjour, on aimerait bien vous rencontrer, vous voulez bien venir !

Les centaures s’en allaient encore plus loin. Comme personne n’arrivait à les voir de près, le prince de ce pays, qui s’appelait Amiel, décida d’organiser une grande fête. Il demanda à tous les habitants de faire un grand feu de joie. C’était un mardi. La fête fut très réussie, mais les centaures ne vinrent pas. Alors, le lendemain le prince décida de faire à nouveau un grand feu de joie, et ce mercredi-là, pas de chance ! ils ne vinrent pas non plus. Le jeudi pareil, le vendredi, samedi, dimanche…

Enfin ! le lundi…ils s’approchèrent timidement du feu. Tout le monde les admirait et regardait leurs doigts. Il faut savoir que le lundi, dans ce royaume, était le jour de la lessive. Le jour où tous les habitants lavaient leur linge sale en famille. Chacun avait des chemises, des pantalons, des draps qu’il fallait savonner, rincer et encore savonner et encore rincer. Mais ce n’était pas tout. Pour sécher le linge, il fallait que chacun reste bras tendus pendant des heures en plein courants d’air. Parmi les habitants, il y avait Sacha. Pour lui, c’était pire ! Depuis toujours, Sacha râlait parce qu’il voulait toujours tout lâcher pour jouer de la guitare. Et, le pauvre chaque lundi devait tout lâcher pour tenir son linge. Il faut dire aussi que Sacha pensait être le meilleur musicien du monde. Rencontrer des créatures musiciennes, ça le rendait sûrement un peu jaloux. Alors, est-ce que c’est pour ça ? Est-ce qu’on a de drôle d’idées quand on est jaloux ? En tout cas, lui, il a eu l’idée de demander à un centaure de bien vouloir tenir sa lessive entre ses deux magnifiques doigts. Il a secoué la tête de bas en haut. Ce qui en langage de centaures veut dire oui ! Ensuite, il a pris délicatement un grand drap qu’il a pincé si bien, si haut, si droit qu’il a séché à toute vitesse. C’était formidable ! Sacha lui a ensuite tendu toute sa grosse lessive et a pris sa guitare pour faire danser tous les cœurs !

Peinture de Molly

Chaque lundi, cette fête recommença, quelle joie ! Les centaures étaient invités et très gentiment acceptaient de tenir le linge de tous, pour le faire sécher. Mais un jour, leur chef demanda à être reçu au château du prince Amiel…

– Majesté ! dit-il, je vous remercie de vos fêtes, mais je dois vous dire ceci : Nous aimons beaucoup vos chansons, mais nous sommes aussi de grands artistes, alors il est temps que chacun pince son linge soi-même. Je vous le dis tout net : ne comptez plus sur nous !

– Mais non ! Attendez ! dit le prince.

– Non, pincez votre linge vous-même Majesté ! dit le chef des centaures.

« Comme c’est dommage, vous tenez le linge si haut, si droit »… se lamenta le prince, en tordant ses mains de douleur. « Aujourd’hui, justement je dois faire ma demande en mariage au père de la princesse Mona ! Je ne peux pas lui demander la main de sa fille en tenant mon linge à sécher.

– Faites donc votre demande un autre jour !

– Mais ce n’est pas si facile, je vous assure !

– Ça le devrait ! Ne m’en faites pas dire davantage ! Quand on est un grand prince, tout est facile !

– Oh ! dit le prince vexé, je suis un bon monarque, car je connais tous mes sujets ! Je vous assure qu’ils seront tous tristes. Le lundi, ils ne pourront plus faire de bonnes parties de cartes ni danser. Sacha ne pourra plus jouer de la guitare. Catastrophe ! Ce linge à tenir pendant des heures… »

Le prince était désespéré. Il pleura toute la journée. Le soir, un oiseau vint lui parler. Mais avant d’ouvrir son bec, il déposa un petit morceau de bois, puis un second. Le prince s’écria :

– J’ai une idée !

– Ah non ! lui dit le hibou, cette idée c’est moi, le grand-duc, qui te l’apporte ! Tais-toi s’il te plaît !

Et il appela son ami l’écureuil, celui qui dépannait tout le monde avec son bric-à-brac.

– Va me chercher quelque chose pour tenir ensemble deux bouts de bois.

– J’ai de la liane en fil, des ressorts en pétale de pissenlits, ça devrait marcher ! Et si ça ne suffit pas, j’ai des coquilles de noisettes !

– Tu n’aurais pas plutôt quelques rondelles ?

– Ah oui ! j’ai enterré des trucs comme ça l’an dernier ! Du végétal de première qualité ! Je vais les chercher.

– J’ai une idée ! s’écria Amiel

– Ah non ! Tais-toi s’il te plaît !

– Ce n’est pas ce que tu crois, grand-duc !

– Je t’écoute, mais parle vrai.

– Nous appellerons ce que tu fabriques avec ton ami : pince à linge !

– Oh, les humains, toujours à se compliquer la vie !

– Non ! Votre invention est formidable ! Vive les pinces à linge ! Je suis le plus heureux des princes, et je vais tout de suite faire ma demande en mariage.

Il partit en sautant de joie et en répétant :

– J’aime la princesse Mona !

Il se rendit dans le royaume voisin. Le père de la princesse l’écouta et après avoir demandé l’avis de sa fille, voyant qu’elle rougissait de bonheur, il accepta de lui donner sa main. Le jour des noces fut fixé et tout le monde participa à la préparation. Le prince demanda que chacun reçoive avec le carton d’invitation, un petit panier rempli de pinces à linge, car le grand-duc et l’écureuil qui se plaisaient à être ensemble travaillaient jour et nuit pour en fabriquer. Ça méritait bien que tout le monde soit heureux. Mais ce n’était pas tout ! les centaures avaient préparé une grande surprise. Ils proposèrent à Sacha qui était maintenant le grand musicien du royaume, de lui révéler le secret du pincée des cordes, des lianes et de tout ce qui peut traîner. C’était un très beau cadeau d’offrir ce geste qui produit une musique enchanteresse. Et c’est au son de cette musique de rêve qu’on célébra les noces de la princesse Mona et du prince Amiel qui furent très heureux et eurent beaucoup d’enfants.

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